L’identité du consultant-formateur indépendant ?

Nous avons souhaité commencer l’année par une question fondamentale : quelle est l’identité professionnelle du consultant-formateur indépendant ? 
La connaissance et l’implication de Lionel Soubeyran à la défense et la promotion de notre profession, en font la personne ressource idéale pour répondre à cette question.
C’est pourquoi nous partageons sa pertinente analyse ci-dessous, et vous en souhaitons bonne lecture.

« Formateur et/ou Consultant : quel trait d’union ? »

Identité professionnelle, compétences et reconnaissance

J’ai eu l’avantage de collaborer depuis 1996 aux bureaux de trois des quatre organisations syndicales qui œuvrent ou ont œuvré à la structuration de la profession de consultant (-) formateur … à moins qu’il ne faille dire formateur (-) consultant … avec ou sans tiret ?

Ce débat, identitaire plus que sémantique, a longtemps agité nos organisations avant d’aboutir à l’élaboration du référentiel-métier des Consultants-Formateurs indépendants, sur lequel s’appuie la qualification RP-CFI (1) créée en 2013 par le SYCFI.

J’ai cessé en 2018 toute activité professionnelle et para-professionnelle. Ce billet doit être lu comme un simple témoignage que chacun pourra s’approprier à sa convenance pour mieux se positionner au regard des enjeux actuels de la profession. Car les stratégies individuelles requises face aux attendus de la dernière loi sur la Formation Professionnelle gagneront à s’ancrer dans la compréhension de la dynamique collective qui a fait de la profession de CFI ce qu’elle est.

Si l’activité de formateur constitue le socle historique des professionnels adhérents du SYCFI et des organisations qui l’ont précédé, ils ont aussi reçu de leurs ainés le gène «consultant». Pour autant, le consultant-formateur indépendant n’est ni un formateur/animateur de formation (déroulant un programme immuable élaboré par d’autres) ni un consultant/conseil (se limitant à rapporter son analyse et ses préconisations). Son identité professionnelle, construite progressivement durant bientôt quatre décennies, tire sa spécificité et sa richesse de la mise en synergie de ces deux dimensions, synergie symbolisée par le tiret qui les relie.

C’est ce que nous voudrions démontrer dans les lignes qui suivent.

Naissance d’une profession

En 1971, la loi Delors pose les fondements de la formation professionnelle moderne et permet l’émergence du marché de la formation. Nos précurseurs inventent le métier de formateur indépendant et créent en 1981 la CSFC, « Chambre Syndicale des Formateurs Consultants », dans cet ordre et sans tiret.

Nous y parlions de « métier » et non encore de « profession », mais nous avions déjà conscience de la nécessité d’être crédibles et reconnus. Nous réfléchissions à la modélisation de la formation continue des adultes et à sa différentiation d’avec le modèle scolaire. Nous élaborions un code de déontologie professionnelle.

Le terme de consultant accolé comme un adjectif à celui, principal, de formateur voulait manifester à cette époque le caractère indépendant de notre exercice professionnel.

Besoin de reconnaissance

Dans les années 90, nous (la CSFC historique) participons à l’élaboration des normes qualité en formation, créons le « titre de formateur-consultant IRP (2) » (dans cet ordre et avec tiret), octroyé à ceux qui peuvent apporter la preuve de la maîtrise de 5 compétences dont 3, à y regarder de plus près, relèvent du consulting et 2 de la formation (3).

En 2002, dans un contexte de mutation socio-économique, la loi de modernisation sociale suivi en 2004 de la réforme de la Formation Professionnelle Continue (4) formalisent l’émergence du concept de formation professionnelle tout au long de la vie, basée sur l’idée que l’individu doit être acteur de son parcours, dans un dialogue employé-employeur renforcé. Nous sommes alors convoqués pour accompagner les salariés dans le développement de leur employabilité. Consultant n’est déjà plus un adjectif.

Besoin de structuration

Ainsi, les sigles des organisations créées dans les années 2000, le SICFOR (5), la FCF (6) puis le SYCFI (7) issu de leur fusion, inversent l’ordre des facteurs et l’accent identitaire est mis sur la fonction de consultant qui précède désormais celle de formateur, sans pour autant l’affaiblir ni la dominer. Peut-on aller jusqu’à dire que le « consultant » ouvre désormais la voie au « formateur » et lui dégage en quelque sorte le terrain ?

Au-delà du « métier », le discours syndical fait désormais référence à la « profession » qu’il convient de structurer et de promouvoir. On s’attache autant à l’appui aux professionnels et à leur mise en réseau qu’à la structuration et à la promotion de leur profession auprès des acteurs économiques et des Pouvoirs publics.

Outre la réaffirmation de leur double identité de consultant et de formateur, les professionnels revendiquent dans leur sigle leur posture d’indépendant fondée sur quatre critères :

  1. Ils dépendent pour leur rémunération de leur propre action commerciale
  2. Ils sont maitres du choix et du traitement de leurs prestations
  3. Ils s’appuient sur une compétence avérée
  4. Ils respectent une déontologie professionnelle décrite dans un code déontologique qui leur est propre.

Cette posture est en totale cohérence avec la définition des professions libérales adoptée par le parlement en février 2012, et étendue aux professions indépendantes dites non règlementées (8).

Preuve que nos intuitions rhétoriques allaient dans la bonne direction.

Tiret ou pas tiret ?

La traduction opérationnelle de cette posture de consultant-formateur indépendant désormais revendiquée est l’offre sur-mesure consistant à poser la problématique avant d’envisager d’y apporter une réponse de formation. Cette approche confère au consultant-formateur sa valeur ajoutée sur un marché de la formation fortement dominé par une logique d’offre catalogue standardisée, voire industrialisée, de prêt-à-former sur le mode « J’ai des solutions, avez-vous des problèmes ? »

Dans cette acception, le CFI n’est ni un consultant, ni un formateur, ni même un mix des deux. Il est mieux que cela : un professionnel qui sait tirer un accord harmonieux des deux cordes de son instrument et qui fonde son efficience sur le dialogue permanent entre les deux dimensions qui structurent son expertise. Son identité professionnelle se concentre dans le tiret qui met en reliance « consultant » et « formateur ». Négliger ce tiret, c’est s’appauvrir.

Certification et/ou qualification ?

Définir l’identité professionnelle du consultant-formateur était un enjeu majeur – et la motivation de nos organisations professionnelles – afin de nous positionner à notre juste place dans l’environnement économique de la Formation professionnelle. Avec les dernières orientations législatives, attester des compétences qui structurent cette identité est désormais un enjeu existentiel pour chaque CFI.

La loi Liberté de choisir son avenir professionnel se propose d’assainir le Marché de la formation. L’intention est louable, et le projet de séparer le bon grain de l’ivraie ne peut que servir les intérêts des professionnels et des structures compétents et en capacité d’en attester. La méthode retenue, la certification (9), peut avoir du sens pour évaluer des OF « entreprises » ; sa pertinence est plus discutable pour un Consultant-Formateur indépendant, OF « unipersonnel », dont la spécificité et l’atout concurrentiel est la souplesse et la réactivité.

La certification s’appuie sur un référentiel normatif, c’est à dire qu’elle atteste de la capacité du certifié à respecter des normes (externes ou internes).

La qualification s’appuie sur un référentiel de compétences opérationnelles, c’est à dire qu’elle atteste de la capacité du qualifié à mener à bonne bien une commande.

Je peux rendre témoignage après 30 ans d’activité professionnelle comme CFI que mes clients étaient plus attentifs à ma capacité à répondre à leurs attentes plutôt qu’à respecter une procédure.

En 2013, le SYCFI a été consulté dans le cadre de la préparation de la précédente réforme de la FP. La conseillère du Ministre qui nous recevait nous a clairement fait part de la difficulté des Pouvoirs publics à identifier les CFI, et donc à les reconnaitre officiellement. Pour être identifiés, nous devions entrer dans le cadre normatif en vigueur – on n’allait pas, à l’évidence, créer des normes spécifiques pour nous – mais nous étions pour notre part attentifs à ne pas perdre notre âme, c’est à dire l’identité professionnelle spécifique évoquée plus haut.

Nos réflexions ont abouti à l’élaboration d’un référentiel-métier structurant une Qualification, le RP-CFI, ayant vocation à attester des compétences des CFI.

Mais, principe de réalité oblige, nous avons complété le dossier de candidature RP-CFI par un sous-dossier permettant d’attester que le candidat, au delà de ses compétences professionnelles, répondait aux contraintes normatives et légales en vigueur. Ainsi le RPFCI a pu et peut encore être reconnu par les Pouvoirs publics comme une certification à l’usage des CFI.

Je conclurais par deux réflexions :

Les récentes évolutions législatives – décret Qualité et loi Liberté de choisir son avenir professionnel notamment – ont boosté l’émergence d’un marché juteux de la Certification. Outre la certification, des instituts et/ou des consultants vous proposent désormais de vous accompagner moyennant (souvent moult) finances, dans des conditions éthiques souvent approximatives. (10)

Elaborer un dossier de qualification et/ou de certification est un exercice chronophage et fastidieux, mais pas difficile ni compliqué. Il est en tous cas à la portée de tout professionnel confirmé, et permet une prise de recul intéressante sur ses pratiques.

S’abstenir de le sous-traiter me parait judicieux, financièrement et professionnellement.

Notre profession s’est construite et affirmée depuis une quarantaine d’année. Le référentiel-métier élaboré en 2013 par le SYCFI (11) permet à toute personne envisageant d’exercer la profession de Consultant-Formateur indépendant de connaitre les compétences qu’elle aura à acquérir et/ou à mettre en œuvre.

Notre profession est aujourd’hui reconnue par les Pouvoirs publics. En revanche, les atouts du CFI sont encore trop peu connus des entreprises et leur promotion devient un enjeu important au moment où la FP est confrontée à des changements majeurs. Les organisations professionnelles, au premier rang desquelles le SYCFI, doivent plus que jamais s’appuyer sur les racines qui nous ont structuré pour positionner aujourd’hui le CFI à sa juste place dans l’économie de la FP.

Le RP-CFI, la seule qualification de CFI à être également certifiante, en est l’un des fers de lance.

 

Lionel SOUBEYRAN,

Président d’Honneur du SYCFI

Ex-Président fondateur de Qualipro-CFI, (RP-CFI)

Membre de la Commission Nationale des Professions Libérales

 

1) Répertoire Professionnel des Consultants-Formateurs indépendants, créé par le SYCFI le 1er janvier 2014, et géré depuis février 2016 par une Association indépendante, QualiPro-CFI. https://consultants-formateurs-qualifies.org/

2) IRP : Inscrit au Registre Professionnel. Cette démarche, pilotée par la CSFC historique en partenariat serré avec les Pouvoirs Publics a été victime de conflits internes qui ont abouti à une scission et la création du SICFOR (Syndicats des indépendants Consultants Formateurs)

3) Compétence à analyser la demande et le besoin du client; à concevoir une ingénierie adaptée; à concevoir un programme adapté; à mener l’action de formation en face à face pédagogique; à évaluer le dispositif et l’impact de la formation.

4) Vous voudrez bien m’autoriser à ne pas citer toutes les réformes de la FP qui se sont succédées depuis les années 2000, notamment celles qui n’avait d’intérêt que de justifier d’une action du Ministre en place et/ou de démolir celle de son prédécesseur.

5) SICFOR : Syndicat des Consultants et Formateurs ; issu d’une scission de la CSFC

6) FCF : Fédération des Consultants Formateurs : issue d’une scission de la CSFC

7) SYCFI : Syndicat professionnel des consultants-formateurs indépendants : issu le la fusion du SICFOR et de la FCF

8) La loi n°2012-387 du 22 mars 2012 a étendu, dans son article 24, la définition du professionnel libéral aux professions non règlementées.

9) Suivant la pertinence des critères normatifs retenus

10) Conflits d’intérêts notamment quand les « accompagnateurs » – pas toujours certifiés eux-mêmes – sont

liés aux organismes certificateurs.

11) Consultable sur le site RP-CFI : https://consultants-formateurs-qualifies.org/documents/



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